La bergère urbaine des temps modernes

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Au début du mois se tenait à Londres la conférence internationale de l’Institut Savory. Alan Savory c’est l’homme qui promeut la restauration de la fertilité des grands espaces herbeux de notre planète grâce une gestion approprié du pâturage des ruminants pour. VOIR ICI SA VIDEO. L’institut qu’il a créé avait réuni un panel très large de producteurs, de cuisiniers, ou encore de médecins sur le thème "Quel modèle agricole proposer pour alimenter les populations, en améliorant l’environnement et les connexions entre tous ?". Loin de l’ensauvagement forcé qui reste dans l’idée de beaucoup de scientifiques la meilleure forme de protection, de conservation, l’esprit du Holistic Management est d’utiliser les savoirs disponibles pour régénérer les écosystèmes, c’est à dire lutter contre la désertification, l’érosion des sols, retrouver une eau de qualité, capter du carbone dans les sols, etc. Cela peut sembler un peu « hippie » comme philosophie : retourner à la « nature », faire pousser des légumes bio, et élever des animaux à l’herbe … la différence c’est qu’aujourd’hui ce sont des hippies éclairés, leur connaissance des processus écologiques et agronomique est grande, et que si ils sont respectueux des traditions, la technologie est ici au service de l’intensification écologique.

J’aimerai vous présenter plusieurs personnes que j’ai rencontré, avec qui j’ai discuté et à côté desquelles je me suis senti tout petit.

La première est Brittany Cole Bush. Titulaire d’un master « design durable et développement des communauté » de l’Université de Santa Cruz c’est une bergère californienne, autodidacte, artiste, créatrice, et passionnée d’élevage. C’est alors qu’elle voyageait en Afrique et au Mexique qu’elle a été attiré par l’élevage et c’est en rentrant en Californie qu’un éleveur lui a donné sa chance et l’a formé.Aujourd’hui elle vole de ses propres ailes et aidé de 3 bergers elle gère aujourd’hui 4 troupeaux d’un total de 1600 chèvres et moutons en zone péri urbaine. JPEG - 195.4 ko Elle pratique le pâturage environnemental en pâturant les bandes « coupe feu » du comté de Santa-Cruz en Californie. Elle a répondu à 4 appels d’offre pour l’entretien de ces zones qui appartiennent au comté et a monté sa troupe en conséquence. C’est un peu comme si la commune de Marseille lançait un appel d’offre pour entretenir les friches et sous bois qui entourent la ville pour empêcher les feux de forêt, à travers cités, échangeurs et zones pavillonnaires.

Elle utilise son troupeau pour réduire la quantité d’herbe potentiellement inflammable, lutter contre l’envahissement de plantes comme la cigüe ou les ronces (hé oui il faut que la « nature » soit entretenue quand les citadins courent ou font du vélo), et régénérer les peuplement de séquoia dans les forêts. JPEG - 193.1 ko Les moutons et les chèvres consomment l’herbe inflammable JPEG - 203.8 ko Ils consomment également les espèces invasives JPEG - 195.5 ko Préférez vous les chèvres ou les épareuses, et autres broyeurs ?

Selon les contrats, elle est payé de 400 à 1000$/jour de pâturage avec un chargement de 560 animaux/ha/jour. Le pâturage de ces terrains publics se fait 6 mois de l’année selon un planning établi à l’avance. L’anticipation est essentielle car pour transporter 1600animaux d’un endroit à un autre il faut parfois faire de nombreux kilomètres, louer un semi remorque (400 moutons/semi) ou emprunter des remorque des voisins (180 animaux par remorque). Imaginer bloquer des routes pour faire marcher 500 moutons d’un quartier à un autre ! Tout l’élevage se fait en plein air, il n’y a qu’en hiver que les animaux sont abrités, les brebis agnellent sur des chaumes de luzerne chez des agriculteurs.

La plupart des animaux sont commercialisés dans le circuit conventionnel mais il existe un débouché pour des animaux nourris à l’herbe et Brittany développe petit à petit une filière courte. Je vous invite à parcourir son site internet, si vous ne parlez pas anglais, cliquer sur l’onglet « gallery » vous verrez ces débrousailleuses sur pattes en action.

Brittany m’a fait penser que les agriculteurs ne devaient pas forcément voir les "services environnementaux" d’un mauvais oeil, il peut y avoir de nouvelles opportunités. En créant un système léger, sans grosse infrastructure, Brittany produit de la viande de qualité, gagne sa vie et celle de 3 salariés, en restaurant la biodiversité d’espaces qui était auparavant débroussaillés à l’énergie fossile. Voir que l’agriculture peut attirer des gens entreprenants et passionnés qui ne sont pas originaires du milieu agricole ça fait aussi très plaisir !

Aux bergers qui lisent ce poste, écrivez lui elle rêve de découvrir les pyrénées !



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