GAEC DE LA BARONNESSE, HAUTE-GARONNE : Devenir ferme pilote

Cécile Delpech - Cultivar ; décembre 2005 -



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Denis et Roger Béziat ont accepté fin 2002 de devenir la ferme pilote de leur coopérative : la Toulousaine de céréales. Une expérience qui leur permet de chercher à optimiser leurs méthodes de travail, leurs pratiques culturales et à communiquer une image positive auprès des autres agriculteurs et du grand public.

« Devenir ferme pilote ? C’est Roger qui en a eu l’idée… » Âgé de 37 ans, Roger Béziat est installé sur l’exploitation familiale depuis 1990 en GAEC, avec son frère Denis, âgé de 46 ans et installé depuis 1979. « Il y avait plusieurs projets de fermes pilotes à l’époque, notamment avec les sociétés phytosanitaires. Et puis quand mes enfants ont commencé à aller à l’école, j’ai vu à quel point l’image de l’agriculture était dégradée. Il fallait faire quelque chose », explique Roger Béziat.

Le sujet est arrivé par hasard dans une discussion au cours d’un conseil d’administration de la Toulousaine de céréales, fin 2002. Roger rencontre Françoise Mirabel, responsable réglementation et sécurité au sein de la coopérative. « C’est un extraordinaire hasard car moi-même j’avais en tête l’idée de créer un ferme pilote et je recherchais une exploitation dont le profil conviendrait. Nous nous sommes retrouvés face à face au cours du repas. On ne se connaissait pas et vous connaissez la suite… », souligne Françoise Mirabel.

Plan d’action

Elle effectue alors plusieurs visites sur l’exploitation pour dresser un diagnostic. Françoise répertorie les sources de pollutions accidentelles (transport des matières dangereuses, stockage des produits phytosanitaires, protection individuelle, remplissage du pulvérisateur et ses équipements, gestion des fonds de cuve et des déchets…) et de pollutions diffuses (parcelles à risque, typologie des sols, climat, circulation d’eau, risques de transferts etc.) et met en place un plan d’action.

Trois grands axes de travail ont alors été définis : le siège d’exploitation (formation à la prise en compte des bonnes pratiques agricoles, local phyto, équipements de protection individuelle, réglage du matériel, aire de remplissage et rinçage, gestion des effluents phytosanitaires, gestion des EVPP1, PPNU2, big-bags d’engrais et semences), les bordures de parcelles (intégration paysagère de l’exploitation, plantation de haies, bandes enherbées, jachère fleuries, entretien des fossés) et les parcelles (gestion de la pollution diffuse par le travail du sol et les pratiques culturales, gestion des rotations, des intercultures et des couverts végétaux). « Au départ, l’idée était surtout de travailler sur les aspects agri-environnementaux et la réglementation. La ferme pilote doit être une vitrine de la prise en compte des bonnes pratiques agricole et montrer la faisabilité de la mise en oeuvre technico- économique des diverses réglementations », explique Françoise Mirabel.

Petit à petit, différents partenaires se sont également greffés au projet, comme Monsanto, Frédéric Thomas (spécialiste de l’agriculture de conservation), Lara Europe Analyses, Jouffray Drillaud, apportant leur appui technique dans leurs domaines de compétence (TCS, analyses de sol, couverts végétaux etc.). « La Toulousaine de Céréales et ces divers partenaires nous fournissent surtout des contacts et un appui technique, il n’y a pas du tout d’apport financier », précise Roger Béziat.

Un peu plus de deux ans après sa création, les travaux de la ferme pilote se découpent en trois catégories : la technique/réglementation, technique agronomie et la communication. Concernant le thème des réglementations agri-environnementales, les premières réalisations ont démarré en 2003 avec notamment la construction d’un local pour le stockage de produits phytos et la mise en place de la gestion des EVPP. « Notre objectif est de montrer que l’on peut respecter la réglementation en faisant des investissements raisonnés.

Nous voulons montrer que c’est possible », explique Roger. Le matériel est également régulièrement entretenu et contrôlé, les buses du pulvérisateur adaptées, vérifiées et changées… Actuellement, les Béziat et Françoise Mirabel travaillent à la création d’une aire de lavage, rinçage et remplissage du pulvérisateur et à la mise en place d’un système de gestion des effluents phytosanitaire type phytobac ou photocatalyse, « ce dernier outil coûte cher, ce serait plutôt un investissement collectif », précise Françoise.

Les Béziat ont également entrepris une démarche de qualification Aquasite/Aquaplaine, proposée par Arvalis, qui devrait aboutir courant 2006.

Définir une rotation optimale

Au niveau agronomique, les Béziat travaillent en non-labour depuis quinze ans et en TCS depuis trois ans. La moitié des parcelles est aujourd’hui en semis direct et l’objectif est de faire prochainement l’ensemble de l’exploitation. Ils ont un assolement typique des exploitations du Lauragais, à dominante blé/tournesol.

Avec l’appui de leurs partenaires, Denis et Roger ont décidé de mettre en place un programme de rotation sur cinq ans, intégrant de nouvelles espèces comme le soja et le colza, ainsi que des couverts végétaux sur les intercultures longues. « Nous avons mis en place un réseau de microparcelles sur lesquelles nous allons observer et comparer les effets de la rotation et des couverts végétaux, notamment sur la structure du sol mais aussi sur l’enherbement, le rendement, la qualité des grains etc. Nous allons également tester différents modes de destruction de ces couverts végétaux. C’est un vaste projet qui a démarré cette année », commente Roger.

Les objectifs de ces essais sont multiples : définir une rotation optimale à la fois au niveau technique et économique, limiter au maximum les intercultures, diversifier au maximum les cultures pour limiter les risques et stabiliser le revenu, lutter contre l’érosion, maintenir les performances du sol, réduire les coûts de production etc. « L’objectif n’est pas de gagner plus d’argent mais d’éviter d’en perdre », précise Denis. Sur cet essai de gestion rotationnelle, Denis et Roger ont également mis en place une vitrine de 10 couverts végétaux en partenariat avec Jouffray-Drillaud.

« L’objectif est de comparer le comportement de différentes espèces ou mélanges dans nos conditions pédo-climatiques. C’est aussi une des missions de la ferme pilote, que nos résultats d’essais puissent servir à un grand nombre d’agriculteurs », note Roger.

D’autres actions ont déjà porté sur l’aménagement des bordures de parcelles avec la mise en place de bandes enherbées et la plantation de haies. « Pour ces dernières, les plants et le plastique sont financés par le conseil général. Nous nous occupons de la plantation et de l’entretien. En moyenne, on plante 200 à 300m par an et pour le moment nous avons planté 2 km de haies. Notre objectif est d’en mettre autant que possible mais cela coûte beaucoup de temps », explique Denis Béziat.

Pas d’aide financière

Au niveau du financement, Denis et Roger Béziat insistent sur le fait qu’ils ne perçoivent aucune aide financière de la coopérative, ni des entreprises partenaires. Toutefois, certains partenaires prennent en charge des frais d’expérimentation comme Jouffray-Drillaud qui fourni les semences de couverts végétaux. Mais la mise en place est faite par les Béziat (et à leurs frais !). « Être ferme pilote, cela coûte surtout en temps, pour être à la disposition de tous. C’est aussi prendre un risque en se mettant en avant. On s’expose à un tas de critiques. Au niveau des investissements, on ne fait pas plus que ce que l’on ferait volontairement. Mais, on ne gagne pas non plus d’argent. Être ferme pilote ne nous rapporte rien sur le plan financier. »

Alors pourquoi être ferme pilote diront certains ? Pour les Béziat c’est avant tout, une chance d’avoir ce champ d’expérimentation chez eux, mais c’est aussi une opportunité de s’enrichir par les relations et les connaissances échangées. « Nous n’avons pas changé notre manière de travailler pour être ferme pilote, c’est un prolongement de notre façon de faire. C’est aussi une satisfaction d’avoir un outil qui permette de transmettre les informations à d’autres agriculteurs et de communiquer avec le grand public. »

La communication : une mission forte

Car la communication, c’est une des missions fortes de la ferme pilote. Il y a avant tout la communication professionnelle, avec les gens du milieu agricole. « On parle de plus en plus d’individualisme dans l’agriculture. On a du mal à communiquer même avec les gens de notre profession. La ferme pilote doit servir à renouer le dialogue et à réapprendre l’entraide ». Pour cela, les Béziat organisent trois à quatre journées techniques par an sur l’exploitation, sur différents thèmes : phyto, couverts végétaux, TCS etc. Ces journées techniques sont proposées aux techniciens et adhérents de la Toulousaine, mais aussi aux autres agriculteurs de la région comme le 2 septembre dernier, lors d’une journée sur le thème des couverts végétaux et des techniques culturales simplifiées en présence de partenaire comme Frédéric Thomas, Jouffray- Drillaud, Lara Europe Analyses… L’autre volet de la communication consiste à informer le grand public. Pour cela, Denis et Roger organisent des journées « ferme ouverte », des visites avec les écoles, les lycées ou les écoles d’ingénieurs, ou encore des journées « presse » avec une large palette de médias. « Nous essayons de communiquer également au niveau de la commune en rédigeant une rubrique au niveau du bulletin municipal », explique Denis, adjoint au maire de Venerque. « Notre ferme est localisée en zone périurbaine, nous devons essayer d’en faire un atout », ajoute Denis.

Aller plus loin dans cette communication est un des projets que Denis et Roger souhaitent mettre en place dans les prochains mois, en essayant de communiquer également vers toutes les instituts et organismes qui gravitent autour du monde agricole. « J’espère que cette expérience de ferme pilote nous permettra d’améliorer le fonctionnement de l’exploitation, d’avoir un meilleur outil, pour que l’aventure continue après nous », concluent Denis et Roger Béziat.

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