FNAMS : Les producteurs de semences innovent en matière d’associations

Frédéric Thomas, TCS n°60 - novembre/décembre 2010 -



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Si semer une culture porte-graine sous une autre culture (tournesol, orge de printemps ou pois) est une approche assez commune, les difficultés croissantes de gestion des adventices, l’évolution et la simplification des assolements, la raréfaction des solutions chimiques en matière de désherbage mais également une recherche d’itinéraires plus économes et sécurisants poussent les techniciens comme les agriculteurs à considérer et tester une multitude d’options. C’est pourquoi la Fnams, depuis 2005, réfléchit et met en place des expérimentations dans différentes régions et suit les essais d’agriculteurs innovants, dont certains TCSistes.

« Le désherbage est notre problématique principale, signale Christian Etourneau, technicien à la station de Brain-sur-l’Authion (Maine- et-Loire). Dans la grande majorité de nos essais, nous recherchons une combinaison entre la sélectivité des programmes de désherbage de la culture et les effets de couverture et protection. »

Au-delà du traditionnel tournesol ou de l’orge pour l’implantation des légumineuses comme la luzerne, le trèfle mais aussi des graminées fourragères (dactyle, ray-grass, fétuque…), la station travaille, depuis trois années, le couvert de maïs en implantations simultanées pour limiter les passages et les coûts avec des résultats intéressants. Beaucoup de programmes herbicides maïs, et principalement ceux à base de Prowl 400 et de Basagran SG, peuvent être sélectifs de certaines graminées mais aussi des légumineuses en général. Ainsi, il est possible d’obtenir une bonne implantation de la culture porte-graine sous le maïs qui va vraiment prendre place à l’automne après la récolte. L’ensilage, même s’il risque de tasser le terrain, semble le mode de gestion le plus approprié en redonnant de l’espace et de la lumière assez tôt en saison sans une masse de résidus afin de permettre une bonne consolidation de l’installation de la culture à l’automne. Les deux années d’expérimentation ont permis d’observer une réduction de l’enherbement et donc des coûts de désherbage mais aussi un très bon rendement graines l’année suivante.

Par ailleurs et après avoir testé avec succès les implantations sous couvert de moutarde mais aussi d’avoine strigosa après moisson dans le but de limiter le salissement et protéger les jeunes pousses, cette année, des implantations de trèfle et de luzerne ont été réalisées sous un mélange des deux (3 kg de moutarde + 10 kg d’avoine et la dose pleine de la culture portegraine).

L’idée est de maximiser la couverture tout en limitant la concurrence, qui peut être forte par ces plantes de service assez agressives, même si l’année dernière une luzerne a donné des résultats très acceptables dans une moutarde à 10 kg/ha qui l’avait presque éliminée à l’automne. Pour F. Deneufbourg responsable du service semences fourragères, le mélange d’espèces pour couvrir est très sécurisant tout en diminuant la concurrence sur la culture. À ce titre, pourquoi ne pas ajouter de la féverole, une autre plante de couverture remarquable pour l’implantation de luzerne ou de trèfle, ou bien des pois ou du lin. En complément C. Etourneau assure que ce mode d’implantation peut aussi limiter les soucis de ravageurs, citant comme exemple une parcelle où le trèfle en solo a été consommé par les limaces au point d’être ressemé alors qu’avec la moutarde comme plante d’accompagnement, il a été sauf. Travaillant de manière étroite avec les producteurs mais aussi avec des chercheurs et agronomes, aujourd’hui les idées et expérimentations fusent :
- Des graminées et entre autres de la fétuque rouge sont essayées en implantation de printemps précoce sur une culture de colza où l’ensemble du programme de désherbage est terminé. Bien qu’il faille caler la gestion des repousses de la culture et le rebroyage des pailles afin de limiter la concurrence et la couverture par les résidus, les premiers résultats sont très encourageants.
- Des implantations de graminées et entre autres de ray-grass sous culture de blé. Dans cette option, l’ensemble du désherbage est conduit à l’automne, et les cultures porte-graines sont semées au printemps juste à la reprise de végétation. La céréale conduite de manière conventionnelle est peu concurrencée, et les graminées en place peuvent vraiment se développer après la récolte. Pour ce type d’itinéraire, il est préférable de choisir un blé à du triticale, plus couvrant, et de ramasser les pailles pour éviter de trop couvrir les jeunes plantes et restreindre la disponibilité en azote.
- Des légumineuses de couverture (pois, trèfle incarnat, minette, sainfoin, lentille) en association avec des carottes porte-graines afin de limiter le salissement et fournir de l’azote en seconde partie de cycle. Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque la légumineuse est détruite tôt au printemps avec un bonus de 20 à 30 kg d’azote sur la carotte.
- Des implantations de graminées (fétuque) sous couverts de féverole et de pois qui, récoltés, vont fournir, par le relargage, une bonne partie de l’azote nécessaire aux graminées à l’automne mais surtout au printemps suivant. En complément, pourquoi ne pas réimplanter en direct un couvert de légumineuses en mélange pendant l’interculture d’été et d’automne pour occuper l’espace et limiter le salissement tout en renforçant l’effet azote pour le printemps suivant ?
- Un semis pour trois récoltes sur trois ans. Sur le modèle danois qui a développé ce type d’implantation depuis longtemps, la Fnams innove encore en testant depuis ce printemps un premier mélange triple. Il s’agit d’un maïs dans lequel a été semé simultanément dans les entre- rangs du trèfle violet et de la fétuque. Le maïs va être ensilé à l’automne avec une implantation réussie des deux cultures fourragères malgré le programme de désherbage (Prowl 400 + Basagan SG).

Au printemps prochain, l’idée est de calmer la fétuque avec une petite dose d’antigraminées afin de donner la primeur au trèfle violet qui sera récolté après une précoupe début mai. L’année suivante, c’est le trèfle qui sera détruit chimiquement afin de laisser la place mais aussi de fertiliser un peu la fétuque qui sera récoltée. « Cet enchaînement ambitieux mais qui imite les cycles observés entre légumineuses et graminées peut fonctionner », explique le technicien assez confiant au vu de l’implantation.

Bien que les problématiques des producteurs de semences de cultures fourragères et potagères paraissent assez éloignées des TCSistes et SDistes, les difficultés de désherbage et la longue expérience de semis sous couvert de cultures apportent en matière d’association une solide expérience et de nouvelles idées assez faciles à adapter en AC, surtout en présence d’élevage.

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