Exportation de paille de céréale pour la production d’énergie

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Si cette idée semble, a priori, une solution intéressante dans un contexte de renchérissement des énergies fossiles et d’orientations plus respectueuses de l’environnement car la paille est un produit renouvelable issu de la photosynthèse, avant de s’engager massivement dans cette voie, il convient de prendre en compte les éléments suivants :

- La paille, comme tous les résidus organiques, c’est de l’humus circulant qui protège et structure le sol, qui nourrit l’activité biologique, qui soutient une partie de la CEC et contribue même à l’amélioration de la capacité de rétention. Les exportations de paille ne peuvent qu’entraîner l’appauvrissement organique et biologique des sols, un inconvénient majeur lorsque l’on souhaite s’appuyer sur ces fonctions naturelles pour limiter voire supprimer le travail du sol.

- La paille c’est aussi des éléments minéraux, un peu d’azote, de phosphore et beaucoup de potasse pour les principaux mais, comme tout produit organique, elle contient également des quantités non négligeables d’oligo-éléments divers et non renouvelables qui seront eux aussi retirés. Les exportations de pailles entraîneront une baisse lente mais inéluctable de l’auto-fertilité exigeant une augmentation des besoins en fertilisant sur le long terme et pas seulement en NPK !

- La collecte de la paille occasionne également un trafic supplémentaire et souvent lourd dans les parcelles, qui, selon les conditions climatiques, peut entraîner des compactions nécessitant des reprises mécaniques pour les cultures suivantes et donc une dépense énergétique supplémentaire. Si cela est un coût qu’il faudra mettre en face du produit dégagé par la vente de paille, c’est cependant une contrainte majeure pour les TCSistes qui cherchent un poids et une circulation minimum dans les champs afin de limiter le travail du sol.

- La collecte de paille entraine une concentration des menues pailles, retarde les opérations de déchaumage et/ou les semis précoces ou sous la coupe de la moissonneuse de couverts végétaux qui sont, au-delà des contraintes environnementales, d’intéressants outils agronomiques dont il faut apprendre à tirer profit et qui en aucun cas ne remplaceront la paille exportée.

- Enfin, la paille c’est de l’énergie mais c’est un élément très pondéreux dont la collecte et le transport vont également demander beaucoup d’énergie à laquelle il conviendrait d’ajouter celle des engrais pour remplacer les fertilisants exportés et celle directe et indirecte pour le travail du sol supplémentaire afin d’avoir une meilleure idée du bilan énergétique réel de cette opération.

Au vu de ces éléments, il est possible ponctuellement d’exporter un peu de paille mais une généralisation massive est beaucoup plus risquée sur le moyen terme pour les sols mais aussi l’économie des exploitations agricoles. De plus, si tel est le cas, il faut de préférence orienter les flux vers des utilisations « nobles » et non vers de la production d’énergie. Car sur ce sujet, et comme beaucoup, nous avons tendance à réfléchir substitution : quelle énergie « verte » pour remplacer quelle autre « fossile ». A ce titre, les Américains ont réussi, en transformant une grande partie de leur maïs en éthanol, à ne produire que 3 % de l’essence consommée par le pays ou les Allemands, champions du monde de l’éolienne avec 20 000 machines ne produisent que 5 % de leur électricité et de manière très aléatoire, lorsque le vent est complaisant.

En matière d’énergie, il est donc plus productif et durable de réfléchir avant tout aux économies car celles-ci sont durables et sans aucune controverse environnementale. De plus et à l’instar de ce qui se fait en matière de simplification du travail du sol, de couverts végétaux producteurs d’azote et promoteurs d’auto-fertilité et d’agriculture de conservation en général, il existe d’importants gisements d’économie en agriculture mais également à beaucoup de niveaux de la société qu’il va falloir apprendre à exploiter.



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