D’une approche très céréalière ... à des systèmes plus performants avec l’élevage

Cécile Waligora - TCS n°51 - mars / avril 2009 -



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Les TCS ont fait leur apparition chez les céréaliers. À l’époque, on ne les abordait que par le côté simplification du travail du sol. Mais elles ont vite séduit des éleveurs car cette simplification leur faisait gagner du temps et de la portance. Peu à peu, l’introduction de l’agriculture de conservation dans l’élevage a apporté de nouvelles idées, de nouveaux bénéfices. On s’est rendu compte que ces techniques prenaient encore bien plus de sens dans un système d’élevage, notamment en matière de fertilité, mais aussi de valorisation des couverts et d’enrichissement de la rotation. Avec l’élevage, la réussite de l’AC devient plus facile et plus malléable avec des sols de meilleure qualité pour un troupeau en meilleure santé. Les retours, pour l’agriculteur, sont plus rapides.

Bien loin de chez nous, en Nouvelle-Zélande, le semis direct a bouleversé l’approche « toute herbe » de ce pays d’éleveurs. Grâce au SD, la rénovation des prairies est devenue plus facile. Les éleveurs néo-zélandais ont également enrichi leur rotation et n’hésitent plus à introduire un maïs, un sorgho ou un chou fourrager afin d’ouvrir la monoculture de prairie, à un moment où celle-ci voit sa production décroître.

Certains vont même jusqu’à remplacer le système prairial uniquement par des cultures fourragères. L’approche va dans le même sens au Brésil. Face au constat alarmant de fortes dégradations des prairies, les éleveurs brésiliens ont commencé à diversifier leur assolement en complétant, voire transformant, leurs prairies appauvries par des mélanges fourragers, à base de sorgho fourrager et de guandu, un protéagineux. Ces deux plantes sont, pour eux, les seules à pouvoir approcher au moins 20 t MS/ha et un minimum de 12 % de protéines. Le SD, largement pratiqué, a permis de réduire les coûts d’implantation ou de rénovation, tout en assurant une meilleure qualité physique, chimique et biologique des sols.

En France aussi, l’agriculture de conservation suit ce chemin. Elle commence à prendre une tout autre forme et une tout autre cohérence avec l’intégration de l’élevage. Déjà, lorsqu’un éleveur se lance dans la simplification du travail de ses sols, il part souvent sur de meilleures bases que les céréaliers purs. En règle générale, ses sols sont plus riches, mieux pourvus en matières organiques, avec une activité biologique supérieure. Avec les effluents, l’azote est aussi moins limitant. De ce fait, ses sols, avec la simplification, répondent beaucoup plus vite qu’en système céréalier, malgré un trafic sur les parcelles généralement plus important. Ils se réveillent !

Des couverts pâturés, récoltés en vert ou ensilés

La présence de couverts végétaux devient aussi un formidable atout en système d’élevage. Au-delà de leur coût d’implantation, ils sont une source complémentaire de biomasse bon marché et variée. C’est ainsi qu’on a pu voir la moutarde ou la phacélie être remplacées par des choux, des trèfles, du colza, de la navette, de la rave, de l’avoine, du ray-grass, de la vesce ou du pois. Très rapidement, les éleveurs TCSistes ont compris l’avantage des mélanges. C’est le moyen d’assurer une plus grande production de fourrage quelles que soient les conditions, d’obtenir une ration de qualité et, a fortiori, de bien mieux concurrencer les repousses et les adventices.

Les effluents d’élevage sont alors un bel atout pour doper le développement de ces mélanges. Ces intercultures apportent une alimentation différente à des périodes habituellement creuses. Elles peuvent être aussi bien pâturées, récoltées, distribuées en vert, voire ensilées ou enrubannées. Autant d’usages et de récoltes différents. Ainsi, en système d’élevage, les couverts, qui deviennent des dérobées, profitent aux animaux d’élevage avant de profiter à l’activité biologique du sol qui ne s’en trouve pas pénalisée, bien au contraire !

Bien entendu, les légumineuses et les protéagineux, qui sont plus faciles à valoriser, ont toute leur place. Outre les apports d’azote dans le système plante-sol, ils permettent à l’éleveur une plus grande autonomie protéique. C’est moins de soja acheté, moins d’ammonitrate, mais aussi moins de nitrates au final dans les eaux.

C’est ainsi que le maïs, plante traditionnellement la plus cultivée pour la production de fourrage, se voit davantage complété par des légumineuses en solo ou en mélange. Reprenant l’idée des couverts végétaux et des biomasses, de plus en plus d’éleveurs commencent à modifier leur stratégie fourragère. Le pois, ou des mélanges pois-féverole, voire pois-féverole-graminée par exemple, remplace une partie de la sole de maïs. Par ailleurs, ces espèces, libérant le sol de bonne heure, peuvent être suivies par une deuxième culture la même année : un maïs ou un autre mélange qui peut être, par exemple, à base de sorgho et de crucifères. La seconde culture profite avantageusement des fournitures azotées procurées par le précédent.

Avec un tel enchaînement, la biomasse produite par ha et par an est considérablement augmentée. Le SD, avec la possibilité de localiser un peu d’engrais starter pour faciliter le démarrage, prend aussi tout son sens car, à cette époque, il permet une implantation très rapide, dans les meilleures conditions hydriques et de structure qui soient.

Les effluents, une vraie manne pour le sol

Grâce aux TCS et au SD, il devient ainsi possible, tout au long de l’année, de produire, à moindre coût, en gagnant du temps, et avec une plus grande sécurité, des cultures fourragères aussi intéressantes pour l’élevage que pour le sol. Et ce dernier en a souvent besoin dans certaines zones d’élevage où il est assez malmené. Sur le plan de la fertilisation, l’élevage apporte également un net avantage. Il y a, bien sûr, la possibilité d’épandre les effluents organiques qui, en agriculture de conservation, vont avoir le temps d’être valorisés. Cet apport régulier et conséquent de matières organiques est une manne pour la vie biologique des sols qui s’en trouve renforcée et dynamisée.

Ajoutons un autre avantage procuré par l’AC : les sols étant plus portants, non seulement les animaux en pâture ne le dégradent plus, mais les éleveurs ont plus de latitude pour réaliser les épandages. Il n’existe plus de pics d’épandage, dévastateurs pour la structure des sols. Et les éleveurs n’ont pas besoin d’investir dans du matériel de stockage coûteux. Notons également que les sols, en AC, acquièrent une capacité supérieure à assimiler, digérer, stocker et redonner progressivement ces matières organiques, avec un minimum de fuites. Les effluents d’élevage sont alors beaucoup plus considérés comme des fertilisants (engrais de ferme).

L’élevage est souvent le premier leitmotiv des éleveurs. C’est pour cet élevage et sa qualité qu’ils se retrouvent si bien dans l’AC. En soignant leurs sols, les éleveurs soignent aussi leurs troupeaux. L’AC leur apporte, à moindre coût, des sols plus performants, des cultures et des mélanges plus quantitatifs et qualitatifs, à haute valeur ajoutée pour leurs troupeaux. Même si l’organisation des rations se complique, les avantages sont si grands que les éleveurs s’y retrouvent. Partant d’une base de sol en général plus riche, l’AC se met plus facilement en route et les retours sur investissements sont également plus rapides. En système avec élevage, l’AC est aussi plus flexible, plus malléable : il y a toujours une autre option en cas d’échec d’une culture. Elle apporte enfin une plus grande autonomie des exploitations. Cette expérience fait désormais écho auprès des céréales. Sans pour autant aller jusqu’à réintégrer un troupeau (certains le font aussi !), beaucoup essayent d’être au plus près, en réintroduisant dans leur système, par exemple, des légumineuses pérennes, luzerne ou trèfle.

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