Couverts végétaux, vers l’agriculture durable

Christophe Barbot (chambre d’agriculture du Bas-Rhin) - l’Est agricole et viticole - 24 octobre 2008 -



Télécharger le document
(PDF - 290.8 ko)

Les expérimentations sur les couverts végétaux montrent leur efficacité dans la lutte contre le lessivage des nitrates et l’érosion. La fonction des couverts ne se limite toutefois pas à un simple rôle de “piège à nitrates” : les cultures intermédiaires tiennent une place majeure dans des systèmes de culture plus autonomes et respectueux de l’environnement.

il est nécessaire de passer d’une gestion à court terme à une gestion à moyen et long terme, afin de construire petit à petit une fertilité du sol différente, fondée sur une base organique. La réflexion devrait se faire à l’échelle de la rotation et non plus à l’échelle de l’année culturale.

Pour réaliser des couverts efficaces, il est nécessaire de bien les choisir, savoir les implanter, les entretenir et les détruire en fonction de ses objectifs et des moyens de l’exploitation. L’implantation et la destruction du couvert représentent un coût en termes de temps de travail, de mécanisation ou d’achat d’intrants  : il faut y penser. Quoique à la vue des bénéfices apportés à moyen terme par une pratique régulière des couverts, ils constituent un investissement plutôt qu’un coût ! L’ensemble des facteurs agronomiques du système de culture va être modifié, notamment la fertilité du sol, ses réserves en eau ou encore la gestion des adventices et des ravageurs. Un choix pertinent des espèces doit être fait afin que le couvert ne pénalise pas la culture suivante mais au contraire lui soit bénéfique  : salissement, recyclage des minéraux, réduction de la pression des maladies. Faites attention aux moutardes précoces, avec beaucoup de masse fibreuse, dont l’incorporation au sol doit se faire par un travail du sol peu profond (labour sans rasette par exemple) pour une décomposition non néfaste au maïs suivant. Les débris végétaux doivent pouvoir évoluer au fil des mois.

Soignez la destruction du couvert

La Culture intermédiaire piège à nitrates (Cipan) doit être stoppée dans sa croissance, surtout si le gel n’a pas fait son action. Un broyage sur les couverts développés est souvent nécessaire. Les navettes, seigles, ray-grass et trèfles ne sont pas simples à détruire mécaniquement. L’usage de déchaumeur à disques ou à dents permet de mieux gérer la destruction, en apportant si le sol est ressuyé, une aération de la terre.

Les rouleaux Cambridge ou Cultipacker permettent souvent une destruction des couverts en période de gelées sur des espèces gélives (moutarde, phacélie) tôt le matin. Le roulage peut être plus économique et ne demande pas plus de temps, mais de l’opportunité. De plus, le couvert toujours présent mais couché constitue un paillage du sol limitant le développement des adventices. Enfin, limitez l’usage des désherbants totaux comme le glyphosate, car ils demandent un minimum de 10°C à 15°C pour agir.

Structuration du sol

L’absence de la couverture en automne-hiver fait que le sol n’est plus protégé. L’implantation d’un couvert évite ces risques de battance et encourage une activité structurante compensant les facteurs déstructurants (pluies, gels, travail intensif du sol, épandages, récoltes…). La couche arable du sol est tissée par un réseau de racines qui va amortir les effets du trafic. L’ensemble de la faune du sol est préservé : le couvert embellit l’activité biologique et réorganise l’humus.

Un outil pour le recyclage des éléments minéraux

L’azote est recyclée par captation de la minéralisation de fin d’été (50 à 200 kg N/ha), mais pas seulement  : tous les autres éléments minéraux le sont également ! L’exportation sans retour des récoltes et résidus de culture (vente ou brûlage des pailles), la perte d’éléments par érosion et lessivage, conduisent progressivement à un épuisement de la ressource en matières organiques du sol, non compensée par les engrais minéraux.

Contrôle des adventices

La croissance du couvert doit être compétitive des plantes adventices  : le couvert peut alors devenir un complément intéressant dans les stratégies de maîtrise du salissement. L’espèce plantée en couvert sera concurrentielle des adventices pour l’eau, la lumière et les nutriments, ou à effet allélopathique avec une implantation précoce pour conserver l’avantage sur les adventices. Tenez aussi compte des programmes de désherbage et de la culture suivante. Mais pour une bonne maîtrise de la flore adventice, il est avant tout nécessaire d’avoir une rotation longue et diversifiée.

Des rendements améliorés

A moyen terme, une pratique adaptée des couverts permet la stabilisation des rendements, voire leur augmentation, ainsi que la réduction des charges et davantage d’autonomie dans les relations sol-plante, avec moins de perte d’éléments minéraux.

Contact - Mentions Légales - Problème technique ?