Analyse rapide de la qualité d’un sol

Université de l’Ohio -

On connaît les analyses de sol habituelles. De plus en plus de laboratoires proposent aussi des analyses plus poussées des matières organiques du sol. Sans remettre en cause leur importance, ces analyses ont un coût et il faut être patient pour en connaître les résultats qui ne restent que des repères partiels. C’est pourquoi, ces derniers temps, on voit arriver des tests beaucoup plus abordables, simples et permettant d’auto-évaluer, en direct et en continu.

Quatre agronomes américains, Jerry Grigar, Rafiq Islam, Vinayak Shedekar et Alan Sundermeier ont été accueillis en France au mois de mars, via Ulrich Schreier (Eco-Dyn), appuyé par l’association Base (Biodiversité Agriculture Sol et Environnement). J. Grigar est agriculteur en SD depuis 30 ans et agronome en chef du service USDA-NRCS de l’Etat du Michigan. Les trois autres travaillent à l’université de l’état voisin, l’Ohio. R. Islam y est directeur du programme Sol, Eau et Bioénergie, A. Sundermeier, professeur en agriculture durable et notamment en couverts végétaux et V. Shedekar, ingénieur et spécialiste des matières organiques et recyclage de l’azote.
Leur visite était particulièrement attendue sur un modèle de prévision d’évolution des MOS, Ma-tières Organiques du Sol (SOM en anglais pour Soil Matter Organic) que l’université de l’Ohio a mis au point et un test très simple, à la parcelle, estimant d’emblée la qualité d’un sol en fonction de sa proportion de MOS.

Aide à la réflexion

Pour rappel, ce qu’on appelle MOS regroupe deux grands types de matières organiques : les MOS libres très facilement décomposables dont le turn-over dans le sol va de l’année à 5-10 ans et les MOS liées beaucoup plus stables (jusqu’à l’humus) pouvant perdurer des dizaines d’années voire beaucoup plus. Au carrefour de toute cette dynamique de transformations de la matière organique : les organismes vivants du sol. Les MOS, comme nous l’avions déjà dit dans un dossier de TCS (n° 67 de mars/avril/mai 2012) sont le carburant ou énergie du sol. Elles sont aussi un très bon indicateur de qualité d’un sol puisque nombre de propriétés et caractéristiques du sol sont liées aux MOS.
Il paraît intéressant, notamment lorsqu’on change de pratiques, de voir comment va évoluer la qualité de son sol. Un certain nombre de modèles de prévision de ce type existent mais très souvent, ils sont un outil de scientifiques et pas d’agriculteur ou de conseiller de terrain. L’équipe de V. Shedekar a créé un modèle de prévision de la qualité d’un sol qui soit utilisable très facilement par ces derniers. Cet outil a été baptisé OSU SOM Calculator (OSU pour l’université de l’Ohio, SOM pour MOS en français).
Il se présente sous la forme d’un tableur Excel où il faut remplir un certain nombre d’informations et déjà la période sur laquelle vous voulez réaliser la simulation (sur 5, 10, 20 ans ; c’est vous qui décidez !) On vous demandera ensuite quelle rotation vous envisagez, les rendements que vous estimez faire, le modèle vous donnant alors les volumes de résidus prévisibles (culture par culture). Bien entendu, on vous demandera aussi le mode de travail du sol, sa profondeur s’il y a travail, si apports d’engrais organiques, les tonnages, s’il y a des couverts, si vous exportez les pailles etc. Bien sûr, au début de la simulation, il vous faut également renseigner le taux de matières organiques à partir duquel vous faites la simulation (donné par une analyse de sol). Au final, le modèle vous donne une courbe d’évolution des MOS de votre parcelle et sur la durée demandée.
Comme tout modèle, il est évidemment critiquable, peu précis mais ses concepteurs ne l’ont pas conçu pour être une valeur exacte, à prendre comme argent comptant. Non, comme tout modèle de prévision, il ne donne qu’une tendance, une estimation de l’évolution des MOS. En cela, il est un outil d’intérêt, une aide à la réflexion, permettant de se situer et de conforter ou non les change-ments de pratiques auxquels on a procédés. Il est aussi en perpétuel amélioration par ses auteurs. V. Shedekar assure, par exemple, que le système métrique va être sous peu intégré dans le modèle. Surtout, c’est un outil téléchargeable gratuitement sur https://southcenters.osu.edu/soil-water-bioenergy/extention/som-soil-organic-matter-calculator. Il faudra juste répondre à quelques ques-tions avant d’y avoir accès. Pourquoi s’en priver ? Seul inconvénient : il est en anglais.

Le pouvoir du permanganate

Test qualité d'un sol au permanganate
Test qualité d’un sol au permanganate
Un exemple de résultat avec gauche, un sol conventionnel sous labour et à droite, un sol en AC depuis 2-3 ans. Du violet foncé au violet-rouge plus transparent indiquent une proportion graduelle de matières organiques. Mais on peut encore faire mieux.

Le test au champ de la qualité d’un sol est on ne peut plus simple. Très peu encombrant, les outils se résument à une petite fiole de permanganate de potassium, une pipette, une autre fiole vide et une petite fiche expliquant le protocole ainsi que l’échelle de couleurs permettant le diagnostic.
Le permanganate de potassium est un sel de couleur violette dont la formule chimique est KMnO4. Il est un oxydant très puissant, notamment des composés organiques très facilement et rapidement minéralisables (carbone dit actif), c’est-à-dire les MO libres, dégradables sur l’année, voire l’année suivante tout au plus. Soit parce que ces MO ne sont pas protégées, soit parce qu’elles sont constituées de chaînes carbonées très courtes. C’est donc cette capacité d’oxydation de ces MO libres par le permanganate qui est utilisée dans ce test.
La solution (diluée) est ainsi mise en contact avec quelques grammes d’un échantillon de sol, préalablement séché à l’air sur un morceau de plastique noir. Le mélange est très important puisqu’il faut 2 minutes top chrono et pas plus pour le faire car au-delà, le test risque d’être biaisé (contact trop prolongé avec le permanganate). Dix petites minutes après, le verdict. Si la solution présente au-dessus de l’échantillon de sol qui s’est déposé au fond du flacon reste rouge à violette, ce n’est pas bon signe pour votre sol, très peu pourvu en matières organiques réactives. Si, au contraire, la solution a pris une teinte beaucoup plus claire, voire même transparente, c’est que vous avez un sol riche en ces MOS. Rappelez-vous l’importance de cette catégorie de MOS, source rapide d’énergie pour la biomasse microbienne du sol. Ce test ne vous prend donc que quelques minutes et permet, en tout de faire une quinzaine d’analyses. Il faut juste prendre garde à ne pas exposer le liquide à la lumière car celui-ci est y particulièrement sensible. Le prix n’est pas encore connu mais il sera toujours beaucoup moins cher qu’une analyse classique de sol faite auprès d’un laboratoire et surtout, très pratique. Dès le mois de mai 2017, le test sera déjà disponible auprès de la société Eco-Dyn qui va les importer des Etats-Unis.
Nous manquons de tests simples permettant, rapidement, d’avoir une bonne idée de la qualité d’un sol. S’il ne remplace évidemment pas d’autres analyses de sol, plus habituelles et surtout plus complètes, ce test est un outil tout à fait intéressant car, pour une fois, réalisable rapidement en bout de champ et ne nécessitant pas de compétences particulières. Et surtout, nous insistons : il ne faut pas attendre des semaines pour avoir un résultat. Fait, par exemple, une fois par an, il peut donner une bonne appréciation de l’évolution de la qualité du sol d’une parcelle et on réservera une analyse plus complète par exemple tous les 5 ans.
Voici donc deux outils supplémentaires et complémentaires d’autres types de tests ou analyses possibles du sol qui vont de l’appréciation visuelle, intuitive, du développement de la végétation à la mesure de la chlorophylle donnant une idée sur l’alimentation notamment azotée du végétal en passant par le slake test, test de stabilité structurale que nous vous avions présenté dans TCS n° 73, été 2013. En matière d’analyses simples à faire en bout de champ, n’oublions pas également la méthode d’évaluation visuelle des sols du néo-zélandais Graham Sheperd, présentée dans TCS n° 80 de novembre-décembre 2014. Pour notre plus grande satisfaction, la batterie des méthodes d’auto-analyses s’étoffe enfin.

Des vidéos sont disponibles avec tous les liens suivants :

Plateforme Youtube
 
Rafiq Islam : Une agriculture au service de la santé du sol et du climat
https://youtu.be/LEs37aTiCew
 
Rafiq Islam : Evaluer la qualité d’un sol
https://youtu.be/0RgcqBEx2DE
 
Vinayak Shedekar : Calculateur de la matière organique du sol (SOM et OM)
https://youtu.be/vilEZKMDIMs
 
Alan Sundermeier : Engrais verts et sous-semis
https://youtu.be/q1ckwXCP4N4
 
Jerry Grigar : Travail du sol, gestion des résidus et matière organique du sol (SOM)
https://youtu.be/ITN2AK02VeY
 
Plateforme ISSUU
 
Rafiq Islam : Une agriculture au service de la santé du sol et du climat
https://issuu.com/ulrichschreier/docs/rafiq_islam-une_agriculture_au_serv
 
Rafiq Islam : Evaluer la qualité d’un sol
https://issuu.com/ulrichschreier/docs/rafiq_islam-evaluer_la_qualite_du_s
 
 
Vinayak Shedekar : Calculateur de la matière organique du sol (SOM et OM
https://issuu.com/ulrichschreier/docs/shedekar-som_et_om_calculateur-mars
 
Alan Sundermeier : Engrais verts et sous-semis
https://issuu.com/ulrichschreier/docs/sundermeier-couverts_et_sous-semis-
 
Jerry Grigar : Travail du sol, gestion des résidus et matière organique du sol (SOM)
https://issuu.com/ulrichschreier/docs/grigar_travail_du_sol__gestion_des_

Vous les trouverez aussi sur notre site site internet www.asso-base.Fr


Documents joints

  • (PDF - 245.5 ko)

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