Cécile Waligora

  • Bousiers dans un crottin de cheval Tarpan
  • Détails du couvert d'été : sorgho, tournesol, radis chinois et colza
  • Perchoir en bord de route
  • Petit îlot de graminées indésirables dans une orge cultivée en semis direct (photo : C. Waligora)
12
mars
2009

Nous y voilà, nous y sommes…

Voici, ci-dessous, un texte qu’une amie m’a envoyé récemment. Il a été écrit par un archéologue et écrivain, Fred Vargas. Ces réflexions, joliment écrites mais tellement cruelles, sans autre solution possible, j’avais envie de vous les faire partager à une période où nous sentons, plus que jamais, un tournant dans les consciences du monde agricole. L’agriculture de conservation prend forme, partie intégrante de cette nouvelle « révolution »

"Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore."


25
février
2009

« Râle bol » dans l’Est…

sangliers afficheDans l’Est mais aussi ailleurs, en France ! Cette affiche nous a été donnée lors du SIMA 2009 par un TCSiste de la Meuse. Quitte à faire bondir quelque uns de nos internautes, j’avoue que je comprends le désarroi de cet agriculteur. Pour la bonne raison que dans mon secteur, en Haute-Marne, nous connaissons les mêmes problèmes, d’année en année. C’est pourquoi, je prends le parti de divulguer cette affiche, d’autant plus que nous, TCSsistes et SDistes, sommes encore plus que les autres, la cible du « trop-plein » de sangliers. « Trop-plein », oui. Élevage, oui, de toute évidence. On oriente le sanglier, en agrainant quasiment toute l’année, vers les champs de maïs. On focalise son alimentation sur une seule denrée. On le domestique. Face à l’abondance alimentaire, l’animal croît, tout naturellement. Et le déséquilibre survient. Avec ses conséquences. Il est aussi bon de réfléchir à tout cela… En savoir plus

sangliers dégâts


23
octobre
2008

Encore une histoire de campagnols…

Cette observation est tirée de la toute dernière édition du « Sol, la terre et les champs », de Lydia et Claude Bourguignon. Dans un chapitre consacré au « sol, milieu vivant », les auteurs citent des études qui ont montré qu’une prolifération de campagnols, si elle pouvait détruire jusqu’à 30% de la production d’une prairie, pouvait, l’année suivante, produire 30 % de foin en plus. Tout simplement grâce à l’aération du sol provoqué par les galeries des rongeurs…Etonnante nature, non ?


21
octobre
2008

Partenariat LPO et agriculteurs au sujet des busards

busard en volUn peu sur le même registre, celui de la biodiversité de nos écosystèmes, j’ai aussi envie d’évoquer le cas du busard et des programmes de protection qui fleurissent, depuis quelques années, dans nos campagnes. A l’instar du renard, le busard et ses « collègues » rapaces (buses, chouettes, faucons…), sont de formidables prédateurs de rongeurs. Le busard niche préférentiellement dans les plaines, notamment dans les céréales. Or, avec l’avancée des dates de moisson, les jeunes n’ont plus le temps de s’envoler et se retrouvent happés dans les machines. 70 à 90 % de la mortalité des jeunes survient ainsi à la récolte. En Haute-Marne, entre 1992 et aujourd’hui, la population est passée de 120 couples à une petite trentaine, à peine.

Un partenariat s’est alors instauré, dans certaines régions, entre agriculteurs et membres d’associations de protection des oiseaux, LPO en général, pour assurer leur protection. Le principe est simple : si vous découvrez un nid dans l’une de vos parcelles, prévenez le contact local de la LPO (l’association nationale, à trouver sur annuaire ou sur internet, peut vous le donner). Celui-ci se chargera de poser un grillage de protection d’un mètre carré autour du nid et de le visualiser (piquet et fanion, par exemple). Cette action n’entrave pas la poursuite du nourrissage des poussins par les adultes. A la moisson, il vous suffit de contourner cet « obstacle ». L’association se charge, ensuite, d’ôter le grillage. Pour reprendre l’exemple de la Haute-Marne, que je connais mieux, si, en 2001, il n’avait été recensé que 10 jeunes envolés, en 2007, grâce au programme, 74 ont pu le faire.

Mais au-delà de la protection du rapace, il faut souligner ce grand pas en avant dans les relations, autrefois peu évidentes, entre acteurs du monde agricole et associations de protection de la nature. Bravo !


18
octobre
2008

Le renard est aussi un auxiliaire

renard (ONCFS)Il y a trois ans, j’avais écris un article sur la lutte contre le campagnol dans la revue TCS (n° 31 de janvier/février/mars 2005). J’y évoquais la nécessaire prise en compte des prédateurs naturels du rongeur. L’occasion m’est donnée, aujourd’hui, à travers ces quelques lignes, d’y revenir et de parler des renards. L’animal est toujours classé dans les « nuisibles ». Je n’aime pas ce terme.

Sans baigner dans le sentimentalisme, je pose la question : en quoi, aujourd’hui, le renard est-il « nuisible » ? Pour la rage ? Grâce à une campagne de vaccination efficace, elle est éradiquée de notre territoire, même si la surveillance reste de rigueur. Pour les poulaillers ? Ils se font rares aujourd’hui et il n’est pas très difficile d’en assurer la protection. Pour le petit gibier ? Hum…c’est sans doute là que le bas blesse. Qu’on ne nous rabatte pas les oreilles, alors, avec la biodiversité ! On veut bien du carabe contre la limace. On veut bien de la coccinelle contre les pucerons. Mais ces auxiliaires là dévorent aussi d’autres organismes. Ils ne sont pas tout « roses »…Le renard, s’il prélève un ou deux perdreaux, se nourrit surtout de petits rongeurs et notamment du célèbre campagnol, parfois très envahissant dans nos culture et nos couverts.

La nature et tout particulièrement l’agro-écosystème a besoin de biodiversité. Et celle-ci passe par TOUS les éléments de la chaîne alimentaire. Sans en exclure un. Car c’est toute la chaîne qui s’en trouve affaiblie. Alors laissons le renard travailler pour nous…comme le ver de terre…Pour rappel, un seul renard adulte peut, si on le laisse faire, se nourrir de 6 000 à 10 000 rongeurs dans l’année. De quoi réfléchir…


15
octobre
2008

Pour que les piquets fleurissent …

Les campagnes se sont quelque peu désertées de leurs arbres, arbustes et autres haies. En plaine, de grands espaces s’ouvrent, n’offrant plus aucune protection pour la faune. Les buses n’ont plus que les poteaux porteurs de fils électriques pour se percher et débusquer leur proie. Ce qui restreint assez leur terrain de chasse…

perchoir rapaces AllemagneCe piquet à buse a été photographié en Allemagne, au mois de juin 2008. Il est assez « sophistiqué ». L’autre photo vous montre un piquet plus simple, en espérant qu’il soit aussi durable…Compte-tenu de ce que j’ai indiqué plus haut, les piquets sont donc à placer au sein même des parcelles, lorsque celles-ci n’offrent aucun autre type de perchoir et qu’elles présentent une pression campagnol avérée. Ils doivent mesurer, au minimum, 2 m de hauteur. L’hiver est toujours propice aux inspirations. Alors avis aux bricoleurs !

perchoir rapace Arbot



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